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bruno moschettoPar Bruno Moschetto, Secrétaire national aux questions économiques, mardi 14 mars 2017.

Avant que ne se produise une désintégration anarchique de l'euro ainsi que le préconisent certains responsables politiques de droite comme de gauche, une gestion pragmatique par tous les pays membres pourrait se concevoir en amont. En effet, bien que la banque centrale, sise à Francfort soit européenne, les billets émis par chacune des banques centrales nationales ne le sont pas. En France, en particulier, la définition de l'euro témoigne d'un ancrage national. L'article premier du chapitre premier de notre code monétaire et financier stipule que : « la monnaie de la France est l'euro » et que « l 'euro est divisé en 100 centimes ». On peut en déduire que l'euro est la monnaie de chaque Etat membre avant d’être la monnaie de la zone euro. Pour chaque Etat, ceci est illustré par le fait que les pièces de monnaie ont une face nationale et que les billets ont un code national qui précède son numéro, par exemple : U pour la France, X pour l'Allemagne, Y pour la Grèce.

Ainsi, pour ce qui concerne la France dans une volonté de nationalisation de l’euro, rien ne lui interdirait de débaptiser son unité monétaire actuelle, l'euro en euro-franc. Une banque commerciale française dont le déposant, résident ou non, souhaiterait convertir ses avoirs en compte en billets, se verrait offrir des billets portant explicitement la mention euro-franc, marqués du signe distinctif existant U. Ceux-ci cohabiteraient au sein de la zone euro avec les autres euros nationaux des pays qui auraient adopté une telle réforme monétaire. Cela pourrait donner lieu pour chacune des monnaies à des dépréciations ou des appréciations sur les marchés qui tempéreraient le passage d'une euro-monnaie à une autre sans que cela nécessite l'établissement d'un contrôle des changes.

Les risques d'un tel passage procèdent de la définition de la monnaie. Pour ceux qui la détiennent, qu'ils soient résidents ou non, il s'agit de créances sur l'appareil bancaire des pays concernés. Des créances sur les banques commerciales pour les avoirs en compte (monnaie scripturale) et des créances sur le la banque centrale pour les avoirs en poche (monnaie fiduciaire). Ces créances ont pour contrepartie des crédits, pour l'essentiel sur chacune des économies nationales. En définitive, en matière monétaire, tout ou presque se ramène aux territoires nationaux. Ainsi, pour un pays donné le passage de l'euro à l'euro national ne change en rien la nature et le montant de ses dettes. Ce passage pour la France serait comparable à la réforme monétaire de 1958 pour l’adoption du nouveau franc.

Ce qui est vrai pour les avoirs monétaires, le serait aussi pour les avoirs obligataires et en particulier les créances souveraines. A leur échéance, celles-ci seraient payées en euro nationaux et à leur valeur de remboursement laquelle n'aurait pas été modifiée par cette mutation monétaire. Tant que les détenteurs d'avoirs monétaires en euros nationaux ne les convertissent pas en euro-euros, leur pouvoir d'achat sur le marché national ne change pas. Il en est de même pour les détenteurs de créances obligataires, pourvu qu'ils attendent les échéances respectives de leurs créances. Seuls les détenteurs non résidents d'euro- nationaux, et notamment les banques pourraient voir éventuellement la valeur de leurs créances monétaires ou obligataires, se déprécier sur les marchés secondaires. Libre à eux, face à une dépréciation significative de leur valeur, de constituer des provisions compensatrices. Rien n’interdirait de penser que celles-ci pourraient être reprises en cas d’appréciation ultérieure de leur valeur sur les mêmes marchés secondaires.

Dans ce nouvel univers monétaire né de la nationalisation des différents euros, chacun retrouverait sa compétitivité globale sur les marchés des biens et des services, sans avoir à rendre compte à une quelconque troïka en cas de difficultés. Celles-ci auraient été par avance résolues et éliminées par l'adoption de changes multiples en lieu et place d'une monnaie unique. La France et les autres pays de la zone euro retrouveraient ainsi leur souveraineté monétaire tout en conservant leur euro. La fluctuation des euros-monnaies les unes par rapport aux autres favoriserait aussi les investissements internationaux et les déplacements touristiques des détenteurs d'euro monnaie forte vers les pays à euro monnaie faible. On retrouverait ainsi un système de régulation non contraint, potentiellement plus efficace et bien moins douloureux que le système de régulation fixe imposé par Bruxelles du fait de l’adoption de la monnaie unique qui empêche tout ajustement monétaire externe.

Une telle nationalisation de l’euro demeurant toujours la monnaie de la France débaptisée en euro-franc, implique en revanche que la France sorte de l’Union économique et monétaire (UEM). A ce titre la Banque de France redeviendrait notre banque centrale, notre participation au capital de la Banque centrale européenne (BCE) devrait être rachetée par nos partenaires et nos réserves publiques de change antérieurement « communautarisées » seraient rapatriées de Francfort à Paris. L’adoption d’une telle réforme monétaire qui n’implique pas de dévaluation externe mais des dépréciations ou des appréciations monétaires sur les marchés, est préférable à une dévaluation interne c’est-à-dire un ajustement des salaires et des retraites à la baisse. Cette politique a été adoptée par certains pays tels que l’Allemagne et le Royaume Uni, lesquelles en vertu d’une politique de l’offre à vocation compétitive ont déclenché un ralentissement généralisé de l’activité économique de l’ensemble des partenaires de la zone. Une politique de la demande, permise par une souveraineté budgétaire retrouvée, pourrait être enfin mise en place. Pour l’Europe, tout sauf l’austérité !

 

 

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