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Jean-Pierre Chevènement était l'invité du matin de RFI animé par Frédéric Rivière, mardi 19 juillet 2016.

 

Verbatim :

Il faut porter un jugement nuancé. Les Français ont manifesté beaucoup de dignité. La minute de silence a été respectée dans tout le pays.
Manuel Valls a été sifflé par une petite partie des personnes présentes sur la promenade des Anglais et ce n’est pas à leur honneur, car je pense que Manuel Valls fait son travail. C’est notre premier ministre et les reproches qui lui sont faits par certains leaders de la droite de ne pas avoir pris les moyens qu’il devait prendre ne sont pas argumentés.

Lesquels fallait-il prendre ? Comment pouvait-on empêcher ce camion fou de semer la mort sur la promenade des Anglais ? L’individu n’était pas connu des services de renseignement. La tâche des pouvoirs publics est très difficile or il faut quelles que soient les opinions politiques, on fasse preuve d’un certain loyalisme, d’un certain légalisme. Il y a un président de la République, il y a un premier ministre, il y a un ministre de l’Intérieur auquel je veux rendre hommage parce qu’il a un travail considérable à faire tous les jours. Je trouve que les reproches qui sont faits sont des reproches tout à fait excessifs. On ferait mieux de réfléchir à la réponse collective que nous devons apporter à ce défi du terrorisme.

Il y a effectivement des attentats, ce n’est pas nouveau, c’était prévisible, et ça va continuer, parce que nous sommes en présence d’un problème infiniment complexe qui met en jeu toutes les tensions de la société française et ne l’oublions pas, un monde musulman traversé de conflits, de convulsions, une guerre interne entre le terrorisme djihadiste et on pourrait élargir, mais pas trop élargir.

 

J’entendais M. Bruno Lemaire hier nous expliquer à la télévision que nous étions en guerre contre l’Islam politique, et il a répété plusieurs fois cette expression. Je dis non, ce n’est pas exact. Le mot islam politique est beaucoup trop général. Est-ce que nous allons rompre nos relations diplomatiques avec la Turquie, avec l’Iran ? Ce sont des régimes islamistes. Avec le Maroc, dont le roi est le commandeur des croyants, dont le premier ministre est un islamiste ? Je pense qu’il faut employer les mots justes. Nous sommes en guerre contre le terrorisme djihadiste et ces gens-là veulent nous diviser. Alors ne leur faisons le cadeau de nos divisions ! Mettons un peu de hauteur dans notre réflexion. J’incite à voir cette guerre, qui est une guerre asymétrique, contre un ennemi sans visage bien défini, comme un défi civilisationnel, moral, beaucoup plus que comme un défi policier ou militaire.

Les Français sont choqués, et même sidérés, c’est compréhensible. C’est tout à fait juste. Faut-il aller jusqu’à la remise en cause de libertés fondamentales comme la liberté d’aller et venir pour des gens qui n’ont commis aucun délit, ça mérite quand même un peu de réflexion.
Excusez-moi, bien sûr, il y a les sondages, mais un homme politique n’agit pas selon les sondages mais selon sa conception et prend bien la mesure des actes qu’il pose. Par exemple, si vous voulez emprisonnez tous les gens qui sont fichés S, il y en a plusieurs milliers, qu’allez-vous en faire après ?
Ils n’ont rien commis. Ils ont fait un voyage en Syrie, bon. Mais par exemple, M. Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po, un des conseillers du gouvernement, nous expliquait il y a quatre ans que la Syrie était notre nouvelle guerre d’Espagne. Les gens qui sont partis là-bas, ils ont pu croire qu’ils étaient encouragés par la diplomatie française. Un peu de nuance, un peu de précision surtout et nommons réellement l’adversaire que nous voulons combattre. C’est le terrorisme qui se dit djihadiste.
Je suis favorable au prolongement de l’état d’urgence, mais je n’attends pas de trop grand résultats de sa prolongation étant donné que tout un arsenal de lois a été votés à l’initiative du gouvernement.

Si les Russes ont pu aider à la reconquête de Palmyre, c’est qu’ils s’appuient sur des forces au sol significatives. L’armée de Bachar-Al-Assad, c’est 100 000 hommes. Daesh c’est entre 50 et 80 000 hommes, Al Nosra, c’est-à-dire Al-Quaida, c’est 30 000 hommes. Les opposants modérés, qui sont en principe nos alliés, d’abord ils ne sont pas modérés, ce sont des formations islamistes et d’autre part, ils sont très peu nombreux, moins de 10 000. Donc évidemment, une riposte au sol pour repousser Daesh, reconquérir Raqua et Mossoul, ça implique des forces disponibles. Or qui se bat ? Il y a les Kurdes, il y a l’armée syrienne, il y a l’armée irakienne du gouvernement chiite. Celui-ci ferait bien de définir un projet d’Irak fédéral parce qu’on a offert à Al-Quaida et puis à Daesh les sunnites de l’ouest irakien. Il faut tout de même se rappeler que tout ceci, c’est la conséquence des deux guerres du Golfe. Par conséquent, un peu de jugeote de la part de nos dirigeants, un peu de culture, de profondeur historique, de compréhension de ce dont il s’agit serait tout à fait naturel. Il ne suffit pas d’envoyer des bombes, il faut savoir quel est le traitement politique qu’on veut appliquer à cette immense région. Chacun sait que la Turquie et l’Arabie Saoudite ont soutenu Daesh.

Concernant la Turquie, nous avons à faire à un gouvernement élu, ne l’oublions pas. C’est un coup d’Etat, un coup d’Etat militaire. On ne peut pas l’approuver, il faut le condamner. A partir de là, on peut demander en effet à la Turquie de respecter les règles de l’Etat de droit. Nous sommes engagés dans une négociation à très long terme avec la Turquie. On ne peut qu’être inquiet de voir des milliers de juges interpellés. Ce n’est pas un coup d’Etat des juges. Le coup de filet va bien au delà des milieux militaires. Il faut que l’Europe rappelle à la Turquie les engagements qu’elle a souscrit.

 

 

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