MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN Avec Jean-Pierre Chevènement
Après les franchises sur les soins, à quand le déconventionnement des médecins ?
Ladislas Polski, Secrétaire national à la santé / 11 oct. 2007
Soutenus par leurs syndicats, les internes en médecine se mobilisent contre un article du Plan de financement de la Sécurité sociale 2008. Les mesures de conventionnement sélectif qui y sont évoquées ont fait craindre initialement aux jeunes médecins en formation une remise en cause de leur liberté d’installation. En réalité, le gouvernement, en avançant l’idée de pratiquer un conventionnement sélectif tout en réaffirmant son attachement à la liberté d’installation des médecins, entretient une ambiguïté préoccupante.
Son objectif est-il de repeupler la Creuse en médecins ou plutôt d’instituer un système parallèle, une médecine pour riches où la liberté serait totale quant aux montants des honoraires ?
En effet, envisager un conventionnement limité pour les médecins dans certaines zones géographiques, en garantissant par ailleurs leur liberté d’installation, reviendrait à laisser se créer un système où des médecins pourraient s’installer sans se conventionner auprès de la Sécurité sociale,. Leurs patients ne seraient donc pas remboursés, à moins que des assurances privées, attirées par l’ouverture de ce nouveau marché, acceptent de prendre le relais, mais à quel prix pour les patients ? Une telle dérive constituerait une atteinte gravissime contre notre système de santé solidaire : le gouvernement doit s’expliquer au plus vite pour clarifier ses intentions.
D’autant que les inégalités géographiques d’accès aux soins sont l’une des failles de notre système de santé. Il convient de s’y attaquer réellement, et pas de favoriser un système qui ne ferait qu’aggraver les inégalités sociales devant la santé.
Une réflexion doit par exemple être entreprise en vue de la création de centres de santé pilotes, répartis dans des zones où la densité médicale est insuffisante. Rendus attractifs pour les professionnels par de nombreuses innovations, ces centres d’excellence pluridisciplinaire pourraient bénéficier d’un plateau technique performant tout en mettant l’accent sur la prévention, expérimenter de nouveaux modes de rémunération pour les professionnels, mobiliser les compétences de médecins venus de territoires mieux pourvus par un système de vacations tournantes.
De tels centres permettraient de s’attaquer de front au réel problème des inégalités géographiques d’accès aux soins, tout en préservant les principes d’égalité et de solidarité, piliers de notre modèle social républicain avec lequel le gouvernement semble vouloir en découdre.