Mise en ligne le 18/02/2006

MOUVEMENT REPUBLICAIN et CITOYEN

Contribution "Un MRC offensif et fier de son idéal"

Premiers signataires : 01 - Daniel MATHIEU conseiller municipal, 02 - Freddy GRZEZICZAK membre du conseil national, José RIBEIRO 07 - Jacques PEREZ conseiller municipal 12 - Alain RENAUT, 21 - Guilaisne CARRAZ, Lionel CHAPUIS, Clément LACAILLE, Philippe MOREAU-ALEXANDRE, Gérard PIERRE, 24 - Nicole BERREUR, Francis BORIE 26 - Pierre AUSSEL, Gérard BOUCHET, Serge CHASTAN, Catherine COUTARD conseillère municipale, membre du conseil national, Bernard DECOME, Françoise DOYEN, Claire MAZERON, Michel TACHE , maire 28 - André AYELLA, Yveline HEMSI, 31 - Pierre BREFEIL, Thierry COTELLE, conseiller municipal, 1er secrétaire fédéral, Marie-Pierre GLEIZES, Pierre GLYZE, Maryvonne GRES, Adeeb MAHMOUD, Eric SCHMITT, Jean-Luc SOUBIE, Gérard SOULIER, Maryvonne VINCENT, 32 - Jean-Claude DABE 33 - Mireille CAPDEPONT 38 - Camille BONAZ, Marc BOUCHET, Francis REIFS, Frédéric VERGEZ membre du conseil national , 40 - Alain PECASTAING 1er secrétaire fédéral 43 - Didier BOURDELIN, 44 - Loïc BUREAU membre du conseil national, 47 - Josette ROBERT 1ère secrétaire fédérale, 54 - Gino TOGNOLLI 1er secrétaire fédéral, 57 -Pascal LAJUJIE, Chantal NIDIERCORN, Patrick QUINQUETON membre du secrétariat national, Antoine ZUMBO 60 - Christophe BENAVIDES 1er secrétaire fédéral, Marianne PICARD, 63 - Monique BONNET, maire-adjointe, Jean-Marc MIGUET, 1er secrétaire fédéral 69 - Michel ANDRE, Pierre DENIS, Eric FOREL, Laurence FOREL, Marie JOBLOT, Michel JOBLOT 1er secrétaire fédéral, Wilfrid ROUX-MARCHAND, André VIANES, 75 - Elie ARIE, Bruno FAURE, Catherine GIRAUDO, Claude TCHERNATINSKY, 77 - Hervé BOISARD conseiller municipal, Michel PILLIER, Serge VIET, Dominique VIET, 78 - Nicole MORICHAUD conseillère régionale, membre du secrétariat national, Jacques SCHELLHORN, 80 - Mouloud CHAHROUR, Raymond DEFOSSE, Didier ETROIT, Pascale GAFFET, Jacques GOFFINON, Thierry LUCAS 1er secrétaire fédéral, Renaud QUILLET, Arlette QUILLET-BARBARE conseillère municipale, 81 - André BAUP conseiller municipal, 1er secrétaire fédéral 86 - Pierre ROUSSEAU 91 - Jo SIMONS, maire 92 - Jean-Jacques AUGE, Sadri BENSMAIL, Aimée GOURDOL,membre du secrétariat national, Alfred HIGNARD, Jean-Pierre LETTRON conseiller municipal, 1er secrétaire fédéral, Geneviève METMAN, Olivier PASCAL, Christian RAOULT, Laurence RIGAULT, Isabelle SCHLOSS, Guillaume VUILLETET, conseiller régional 93 - Mireille CECCALDI-LUCAS, Guy DEPELLEY maire-adjoint, Catherine KETTLER, Monique MEISSLER-PERIES, Alain PERIES, maire-adjoint, Michel ROGOWSKI conseiller municipal, 94 - Martial AUDIN, Isabelle BIGAND conseillère municipale, Bernard BRUTTE, Pierre CHAVINIER, Béatrice DESMARTIN, maire-adjointe, Daniel DUPONT, Majid ESSAIDI, Bastien FAUDOT, Martin FRENAY, Didier GUEIT, Abdeljaoued KACEM, Jean-Luc LAURENT, maire, vice-président du conseil régional, Jérôme LE GUILLOU, maire-adjoint, Babette LEPINE, Eric MALMAISON, conseiller municipal, Claude MOUCHERONT, Jean-Marc NICOLLE 1er maire-adjoint, 1er vice-président de communauté d’agglomération, Guy POILVE, M’Pako PRISO, David RICHARD, Didier ROUSSEL, maire-adjoint 95 - Rachid ADDA conseiller régional, 1er secrétaire fédéral, Karim AMER, Saïda BOULOUIZ, Laurent CARIUS, maire-adjoint Anthony CHICOT, Mamadou DIALLO, Aurélie FONTAINE, Gilles GANZIN, Jean-François GAUTHIER, Samia KHALFI, Taous LE PROVOST, Jean-Pierre PERNOT,maire, Caroline PRUVOST, Mohamed RABHI, Latifa ROMDHAME, Mohamed ZAAZA.


Lors de son dernier conseil national, notre mouvement, à la demande de Jean Pierre Chevènement, a décidé d’avancer la date de son congrès. Cette décision se justifie par la période politique que connaît notre pays.

Nous devons présenter un projet républicain ouvrant une perspective après le vote du 29 mai et à la « crise » des banlieues. Pour cela, il nous faut définir une stratégie permettant de recouvrer une influence dans le débat public.

Une France fragilisée

La France se fissure sous les coups de boutoir de la mondialisation libérale. Disant cela, nous décrivons une double réalité.

La première relève de l’impact. Le libéralisme financier dans sa progression comme nouvel ordre mondial abat les uns après les autres les différents systèmes de solidarité et des pans de la souveraineté populaire. Son hégémonie s’étend et ceci en dépit des preuves multiples qu’il apporte de sa nocivité et de son incapacité à répondre aux enjeux de la planète.

La dématérialisation des échanges, la facilité des transferts technologiques permettent aujourd’hui une profitabilité maximum. Dans le même temps, le mode de financement de l’économie américaine, entre déficits publics et fonds de pension, ont justifié la recherche de ce profit maximum. Le financement privé des retraites américaines réclame l’abandonner des activités les moins rentables. Le financement de l’économie américaine impose de drainer l’épargne mondiale vers les USA et donc de la « libérer » de tout autre usage. Pour générer ces profits, il leur a fallu déréguler, autoriser le transfert des investissements vers les pays à faible coût et à faible protection sociale, contrôler et, en définitive, déstabiliser le marché du pétrole au travers de la guerre en Irak.

Au-delà du contrôle des marchés pétroliers, la volonté des néo-conservateurs américains de redessiner la carte du monde nous plonge dans une période d’extrême dangerosité et d’affrontement des civilisations.

Peu de systèmes auraient pu résister à une telle secousse. Dans les faits, aucun n’en sort épargné, mise en réserve l’illusion d’optique britannique, la besogne ayant été opérée sous l’ère Thatcher. La mondialisation néo libérale a emporté les systèmes de protection sociale qui avaient résisté aux années « Reagan-Tatcher ». Reste que les mêmes faits indiquent que certains systèmes ont mieux résisté que d’autres.

On doit voir dans la construction européenne l’une des causes de la crise de confiance que traverse la société française, conséquence de nos abandons multiples de souveraineté au profit d’institutions financières déconnectées du pouvoir politique et donc des citoyens. Car il est une autre réalité décrite, c’est celle de l’extrême fragilité de notre pays. A bien des égards, la mondialisation a bon dos.

La période, si elle a prouvé sa nocivité, ne justifie pas la peur millénariste qu’elle provoque. La mondialisation n’évite pas que l’économie « globale » est avant tout « locale ». Près des trois quarts du PIB de l’Union européenne circulent au sein de l’Union qui est la zone géographique la plus ouverte de toutes. La mutation technique des deux dernières décennies laisse de larges espaces d’innovation pour les économies de pointe. Le développement des énergies alternatives, en complément à l’indispensable énergie nucléaire, peut, à terme, avec une meilleure gestion de l’utilisation des ressources, offrir une perspective en direction d’une solution vers la fin de la crise énergétique que le monde va connaître. Enfin, les besoins sont immenses au niveau de la planète et laissent au savoir faire et à l’excellence de nos économies une place plus enviable que celle de musée de nos défuntes puissances.

Régulièrement l’actualité met en lumière les conditions de ventes et d’achat des productions alimentaires dans les grandes surfaces. Pour que la grande distribution étrangle la production locale, il n’est nul besoin de mondialisation. Il suffit d’un rapport de force déséquilibré et d’un circuit de distribution des produits qui le favorise. De fait, d’aucun ont pu considérer qu’il était plus rentable de « réguler » la mondialisation par l’emploi que par la remise en cause des circuits de commercialisation et des généreux profits qu’ils génèrent.

L’abandon par les élites du rôle de la France et de ses atouts

De même, la mondialisation ne saurait justifier à elle seule notre perte d’influence dans un certain nombre de pays. De fait, notre forme de coopération n’a permis ni de sauvegarder nos intérêts ni de satisfaire nos interlocuteurs.

Il ne s’agit pas de dédouaner la mondialisation de ses immenses défauts, dont le premier d’entre eux consiste à ériger en loi d’airain la primauté du libre échange et de la libre concurrence. Mais il est politiquement nécessaire d’admettre que les difficultés de la France ne résultent pas seulement de la mondialisation.

On pourrait d’ailleurs rattacher la construction européenne comme l’une des causes, internes, car il s’agit bien de l’abandon programmé de notre souveraineté au profit du monde financier qui a été mis en œuvre par nos propres élites.

Les impasses de la construction européenne ont d’ailleurs le mérite d’être depuis le 29 mai visibles de tous. Mais, l’acharnement de nos élites à faire vivre l’illusion et à renoncer à remettre l’édifice d’aplomb est désarmant.

Les bases républicaines de la France, celles de la conviction d’appartenance à une Nation doté d’un avenir commun, bâti selon la volonté des citoyens au moyen des outils de l’action collective et selon les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, doivent être relevées. Soumis au laminoir de 30 années de chômage de masse, notre pays ne sort pas indemne dans la solidité de ses valeurs.

Cependant, notre pays, dans ses profondeurs, ne manque pas de ressorts et d’atouts : la situation démographique positive, les réussites de l’industrie automobile ou aéronautique, le pouvoir d’attraction touristique de notre pays, la relative bonne santé de l’artisanat, la conscience professionnelle d’enseignants en ZEP, etc... Il ne s’agit pas là de théoriser le déclin de la France. Cette théorie du déclin satisfait en premier lieu ceux qui veulent mettre à bas la France républicaine. Mais, face à une évolution qui paraît bloquée sur la marche arrière, le pays doute de plus en plus de sa capacité à se redresser.

Il fut un temps où la déconstruction de l’édifice républicain pouvait être imputée à une part des élites instrumentées par le capitalisme financier. Aujourd’hui le sentiment est plutôt celui de l’impuissance face à un processus inéluctable. Que celui-ci satisfasse ou non ses initiateurs importe peu : la bête semble avoir échappé à ses créateurs.

Ce constat est même maintenant partagé par tous et ressassé, toute honte bue, par ceux là mêmes qui ont plongé le pays dans ces crises tout en revendiquant leur droit à l’impuissance devant elle.

La théorie des abandons inéluctables

Notre système était en crise, il donne le sentiment de se désagréger. Socialement, la remise en cause de nos dispositifs de solidarité est présentée comme allant de soi. Elle n’est même plus considérée comme inéluctable : elle est commentée et justifiée.

Si d’aventure d’aucun font mine de contester, il leur est vite rappelé l’évidence économique ou reproché leur égoïsme dans la comparaison avec les Nations émergentes ou les nouveaux membres de l’Union.

Moralement, ce qui relevait de l’exception dans la déviance des comportements devient une forme de norme perverse. Nous n’en sommes plus à vouloir protéger l’école de la violence mais simplement les enseignants des coups et des blessures. Au niveau économique, la France avale sans broncher sa rétrogradation au 7ème rang mondial des puissances économiques. Là encore, l’effondrement de secteurs entiers de notre économie est présenté comme inéluctable. Dans le même temps, sans surprise aucune, nous calculons le temps qui nous sépare de la privatisation de nos services publics, sachant que le rôle économique de la puissance publique - ou l’utilisation des services publics pour donner sens à l’égalité - ne sont plus que bizarreries.

Plus que jamais les services publics, paupérisés et démantelés, sont cantonnés dans des missions impossibles et le désintérêt dont ils font l’objet s’étend même à leur nécessaire rénovation. De manière générale, c’est la valeur du travail qui est oubliée privant ainsi l’ascenseur social de son moteur.

Comment s’étonner dès lors de la perte des repères ou du sentiment d’appartenance à une même communauté nationale fondée sur l’égalité des droits et des devoirs. Que dire de l’intégration qui n’est plus mentionnée que pour souligner sa carence et dont il est nécessaire d’aménager les contours pour qu’elle obéisse à la réalité à défaut de la transformer ?

La dégénérescence de l’action publique et du débat politique

En triste écho de ce qui précède, la période montre la dégénérescence de l’action publique et du débat politique.

Cette évolution est révélatrice en premier lieu de l’état des élites. Notre pays est dominé par une petite bourgeoisie qui n’a, depuis 1968, rien oublié et rien appris.

Faute d’avoir assumé que la plupart de ses utopies se soient effondrées dans le sang, elle n’a conservé de ses luttes d’antan qu’un mépris profond pour l’Etat - et, de manière générale, la République et le système représentatif - tandis que sa grande réserve de compassion s’est trouvée des débouchés extérieurs - alterisme et droit-de-l’hommisme. Le peuple, ici épais, sottement chauvin, forcément raciste, bref « beauf », voire « moisi » est paré ailleurs de toutes les caractéristiques de ce qui était pour la gauche la raison d’être de la lutte, c’est-à-dire la classe ouvrière.

En fait, tout cela se passe comme si la mondialisation avait redéfini les rôles. Le monde du travail occidental - avec, il est vrai son système de protection sociale- étant défini comme une assemblée de nantis égoïstes refusant de laisser à la table de la prospérité leur place aux purs prolétariats des pays pauvres. On ne pourrait trouver dans cette définition que le dessin des bobos de gauche. Qu’on ne s’y trompe pas, la droite libérale justifie pareillement ses positions. Sans doute, dans la seconde, retrouve t’on l’exégèse du marché et de la concurrence en tant que cadre et régulateur d’un monde efficace, libre et sans contrainte. Sans doute trouvera t-on, chez les premiers, l’expression des nouvelles peurs millénaristes au travers d’une réticence radicale au progrès.

Cette crise des élites s’accompagne d’une crise de la représentation.

Elle existe sur deux plans relativement disjoints où l’on verra que « le monde politique » n’a pas tant que cela à battre sa coulpe. Le premier plan peut être décrit comme celui de la « visibilité ». Dans une société qui ne reconnaît plus les idéologies, ni les solidarités civiques d’ailleurs, l’heure est à toutes les formes de corporatismes. Puisque le citoyen n’est plus un individu actif, pensant et décidant dans une communauté de destin, comme la société républicaine ne trouve plus les ressorts qui permettent sinon de promouvoir au moins de garantir l’égalité des chances, la véritable préoccupation du moment est de créer des images de la société correspondant à la réalité.

Ainsi des morceaux de monde doivent-ils tendre à ressembler à la société dans son ensemble. Mondes politique, culturel, médiatique et professionnel doivent justifier de quota. Le fait que le développement de la politique des quotas réponde à une démarche souvent corporatiste ne diminue en rien la légitimité de nombre de ces revendications. Le plus souvent, les déséquilibres vont jusqu’à la caricature (6% de femmes au sein des conseils d’administration des entreprises, accès au logement et à l’emploi fermé aux jeunes issus de l’immigration).

En réponse : l’outil républicain

Tout ceci est la marque de l’oubli de l’outil républicain. Pour combattre la discrimination positive, il nous faut être plus concret dans la manière de promouvoir l’égalité des chances et l’accès à la citoyenneté. Reste que ce type de démarche risque à tout moment de verser dans le communautarisme et que cette volonté de faire de la société le miroir de toute chose fait oublier qu’il n’existe pas de miroir neutre. Par exemple, l’entrée à Sciences-Po de quelques élèves de ZEP qui nous a été présentée comme l’alpha et l’oméga d’une politique progressiste, pour « diversifier » son recrutement pose plus de problèmes qu’elle n’en résout : ou bien ils sont marginalisés une fois entrés, et ce sera un échec pour eux et pour la collectivité ; ou bien ils y réussissent, et cela veut dire que c’est le mode de recrutement principal de cette école qu’il faut remettre en cause.

Une politique exigeante en faveur de « l’Egalité des possibles » est nécessairement républicaine. Tout autre politique reposant sur le concept de discrimination positive basée sur des quotas ethnico raciaux n’aboutira qu’à un traitement en surface du problème des discriminations. Toutefois le rejet de la discrimination positive nous oblige à proposer des solutions effectives visant à mettre en place une véritable ingénierie républicaine de lutte contre les discriminations. Dans le cas contraire, nous laisserons le champ libre à ceux qui veulent remplacer le modèle républicain par un modèle anglo-saxon communautaire se servant de l’alibi du droit à la différence et même de l’égalité des chances. Nous devons donc analyser et agir pour déconstruire les véritables mécanismes de ségrégations et de discriminations, géographiques, institutionnelles, sociales et même générationnelles.

C’est en faisant coïncider, autant que possible, la République expérimentée par nos concitoyens avec la République devenue théorique, au fil des renoncements successifs de la droite libérale mais aussi de la gauche différentialiste, que nous la servirons le mieux. En particulier, face au changement de cap de la politique de la ville opérée par Nicolas Sarkozy, il est bon de rappeler l’importance de distinguer, sans vouloir les hiérarchiser, la lutte contre les discriminations de la politique d’intégration. La première, qui s’adresse à des citoyens français, est un des aspects d’une politique d’accès à la citoyenneté et pour l’égalité effective des chances. Elle est l’une des faces, celle de l’accès aux droits, d’une politique de la citoyenneté dont l’autre face indissociable est le respect des devoirs.

Redresser la politique

La seconde crise est celle de la représentation politique et du mandat. Nos concitoyens ont le sentiment que leurs élus ne font pas le travail qui justifie leur mandat. L’exercice formel du pouvoir s’apparente à la course folle d’une ambulance qui sauterait d’accident en accident, croisant ça et là un véhicule de pompier dans la plus complète incohérence. Il n’y a plus de projets mais simplement des coups de menton ou des coups de cœur qui suivent les drames et les conflits. Il n’y aurait de salut qu’à court terme. L’œil rivé sur la prochaine échéance, les partis politiques ont pleinement intégré la logique dite de « l’essuie glace » qui veut que chaque majorité soit évacuée du pouvoir à l’issue de son mandat. Pourquoi se risquer à une politique rigoureuse puisque la défaite est au bout du chemin et pourquoi se contraindre à penser un projet politique audacieux puisque la victoire est juste à prendre par le rejet des sortants et non à gagner ?

La crise politique trouve sa caricature dans le gouvernement actuel dont l’action ne peut plus être comprise qu’à l’aune de l’affrontement entre le premier ministre et le ministre de l’intérieur. La parole de l’Etat n’a plus de valeur puisqu’elle est remise en cause à tout moment par la situation de ses finances, par l’acceptation du carcan de l’Europe libérale et par le législateur qui modifie aujourd’hui ce qu’il a écrit il y a trois mois.

Cela étant, il faut reconnaître que la crise de l’action publique et collective ne se résume pas à la tête. La décentralisation conçue comme une défaisance de l’Etat, a apporté plus d’opacité que de transparence et plus d’émiettement des responsabilités que de simplification ou de rapprochement des citoyens. Dès lors, ce sont les pratiques identitaires et clientélistes qui se manifestent et non l’intérêt général.

Dans le même temps, c’est l’ensemble de notre système de représentation qui se désagrège. La crise de la représentation politique ou syndicale se traduit par la généralisation de positionnements catégoriels qui résultent de l’absence de projet collectif.

Pour autant, cette période politique est aussi marquée par la fantastique ruade des peuples. Keynes affirma en son temps que « les hommes ne mourront pas toujours calmement », raillant ainsi les économistes qui utilisaient la force de travail comme une variable aisément ajustable. Peut-être en sommes-nous là. Mais à coté de la tentation nihiliste ou haineuse qui semblait prévaloir dans la période qui précédait, c’est une réaction civique -ou citoyenne selon le néologisme du temps- qui s’organise aujourd’hui. Les peuples ne se satisfont plus simplement du rejet de ce qu’ils ne veulent pas. Ils sont en demande de « plan B » et entendent même en indiquer les contours.

Pour la première fois depuis fort longtemps, le projet reprend droit de cité. Le référendum du 29 mai, au-delà même de son aspect éminemment salvateur pour l’avenir de notre pays, est aussi un magnifique pied de nez aux théoriciens de la bêtise du peuple. Ce nouvel appétit du peuple pour son avenir provoque des repentirs tardifs et quelques prises de conscience salutaires au sein-même des élites.

Mais on ne revient pas comme cela sur un quart de siècle de déshérence du politique. Le peuple est dans l’expectative, les tentations nihilistes demeurent fortes et, du coté politique, la fascination pour « l’essuie glace » n’a pas disparu.

Le MRC pour quoi faire ?

Tout cela justifie pour notre mouvement de se poser la question de son projet et de sa stratégie. En effet, nous devons nous féliciter de la déferlante des événements qui donnent raison au message de Jean-Pierre Chevènement.

Mais, dans la dernière période, le MRC a - t - il été capable de donner un débouché politique à la prise de conscience en cours et à la validation de nos analyses ? Nous limiter à affirmer que nous avons eu raison est une réponse notoirement insuffisante.

Il est indispensable de définir notre stratégie. Encore faut-il s’entendre sur les mots. Une stratégie n’est pas une fin. C’est l’économie des moyens et des outils que nous possédons et qui doivent être au service de notre projet.

Notre fin, c’est de permettre à la France de renouer avec la République et de s’y ressourcer. Notre objectif intermédiaire est de favoriser la refondation républicaine de la gauche parce qu’elle est le préalable à cette fin. Pour y parvenir nous avons un outil principal - il nous pardonnera cette « instrumentalisation » irrévérencieuse : Jean-Pierre Chevènement. Et nous avons un autre outil le MRC.

Le choix de notre stratégie consiste à déterminer comment le MRC peut efficacement venir en ressort de Jean-Pierre Chevènement pour atteindre nos objectifs.

Quelle stratégie pour le MRC ?

Des stratégies, il y en a légion dans le détail mais elles semblent devoir se résumer dans quatre archétypes : l’indépendance, l’influence, l’ingérence et la repentance.

Commençons par les deux dernières.

La repentance consiste à considérer que nous avons fait fausse route lors des présidentielles de 2002 en demandant aux citoyens d’aller au-delà des clivages dépassés pour culbuter un système qui ne pouvait que reproduire la crise. Nous aurions eu tort de dire que nous sommes à gauche et que l’enjeu républicain dépasse, dans ces circonstances graves, la distinction entre une droite qui a oublié la nation et une gauche qui a abandonné les couches populaires.

Il faudrait alors prendre acte du fait que ce message aurait induit une confusion dont nous payons aujourd’hui le prix. Le préalable à notre retour dans le jeu politique serait alors d’accumuler les preuves que nous en avons réadmis les règles en particulier le respect du clivage droite gauche indépendamment de son contenu. C’est ce débat que nous avons eu lors de notre congrès fondateur avec l’adoption de l’article 2 de nos statuts.

La repentance impose de refuser le fait que la République dans sa mission d’intérêt général est au-dessus des clivages parce qu’elle serait substantiellement de gauche et se résumerait à sa dimension utopique. Notre action devrait alors se limiter à un commentaire des événements dans cette grille de lecture convenue en prenant soin d’être toujours du coté des luttes et à coté des partis « frères ». Cela veut dire aussi privilégier à tout prix la démarche unitaire afin de rechercher le consensus à gauche (ou plutôt avec tout parti de la gauche qui nous accepterait) plutôt que d’affirmer une continuité avec le programme de Vincennes.

La stratégie de l’ingérence est plus radicale : il s’agirait de prendre acte du fait que l’existence du MRC comme outil autonome a fait son temps parce que dans notre définition de l’action publique, il n’est légitime qu’autour d’une ambition présidentielle dont nous avons déjà fait l’usage. Dans ce cas, le MRC est une structure caduque et il faudrait intégrer l’un des partis politiques de gauche pour promouvoir l’émergence d’un programme ou d’un candidat aux présidentielles qui portent les idées républicaines.

Evidemment, la principale « cible » d’une telle perception est le PS. Le débat interne qui s’y fait jour montre que les souches républicaines n’y sont pas toutes mortes. Il est même de nouveau possible de croire que la sève républicaine peut apparaître là où elle nous semblait absente. Dès lors qu’un parti majeur comme le parti socialiste pourrait porter en son sein le potentiel d’une promotion efficace de l’idée républicaine, quelle peut être l’utilité d’une structure comme le MRC ?

La question peut être posée et notre absence depuis dix ans nous est même reprochée par ces mêmes socialistes républicains qui demandent aujourd’hui notre renfort. Certains de nos amis ont d’ailleurs déjà fait ce choix. Mais est-ce une hypothèse crédible à ce jour ? Les résultats du référendum interne et du congrès montrent combien l’appareil est tenu et le débat virtuel.

Restent les deux stratégies de l’indépendance et de l’influence. Il est possible de les regrouper parce qu’elles ont en commun la nécessité de l’affirmation - avant celui du développement de nos idées. Elles partent du principe que notre mouvement a une raison d’être s’il permet effectivement au pays de trouver des solutions aux problèmes qu’il affronte. Le pays est en demande d’autorité, c’est-à-dire d’une volonté politique qui allie la prise en compte sincère des problèmes avec la rigueur dans la mise en œuvre des solutions proposées.

C’est parce que Jean-Pierre Chevènement a pu et a su incarner cette vision et cette autorité qu’il a pu rencontrer l’adhésion d’un million et demi de nos concitoyens en 2002, en dépit des obstacles.

Notre mouvement a, à sa disposition, un logiciel politique qui lui permet d’apporter des réponses aux problèmes qui se posent au pays. Il réunit des femmes et des hommes qui ont choisi de privilégier leurs convictions et la portée de leur action sans se soumettre ni aux lobbys ni à leurs intérêts particuliers. C’est pour cela, et parce que Jean-Pierre Chevènement est l’incarnation de cette réalité, que nous pouvons être crédibles dans notre démarche vers les citoyens en affirmant notre existence et en inscrivant notre action dans une stratégie d’influence.

Ce faisant, nous pouvons choisir clairement l’indépendance. Dans ce cas, il nous faut prendre acte de l’incapacité de la gauche à conserver un minimum de rigueur et de courage dans l’exercice du pouvoir et de la soumission de la droite aux intérêts financiers. Nous pouvons nous appuyer sur le rejet profond des élites pour proposer aux citoyens un autre chemin que la radicalité avec « la gauche de la gauche ». Pour ce faire, il faudrait bâtir un parti de rupture, capable de faire « turbuler » le système.

Pour nous, il s’agit d’une démarche d’abnégation qui est sans aucun doute la plus cohérente avec ce que nous avons tenté en 2002. Mais nous devons alors prendre la mesure de ce qu’elle signifie.

Il s’agit d’abord d’un parti dont l’objectif majeur est l’élection présidentielle parce que c’est à cette échéance que le peuple peut se poser les vraies questions. C’est ensuite un parti sans compromis qui ne peut s’inscrire dans une optique d’alliance sauf à ruiner sa crédibilité quant à son objectif de rupture. C’est aussi un parti de militants parce que nous savons que les médias ne nous laisseront alors aucune place. C’est enfin un parti de rigueur et de travail quant à ses propositions.

Un tel parti est le projet d’une génération politique mais il est sans doute plus facile à construire quand il accepte d’utiliser les ressors de la démagogie, ce qui n’est pas notre pratique politique. Notre perspective moins confortable intellectuellement, est de transformer la réalité ici et maintenant. Tant qu’il y aura une possibilité de posture plus utile que celle du splendide isolement, elle aura notre préférence.

Le choix de la stratégie de l’influence

La dernière option est celle de l’influence. Encore une fois, notre mouvement ne tient sa raison d’être que par sa capacité à répondre avec rigueur et sincérité aux questions que se pose le pays.

Au regard des échéances politiques, il n’est pas forcément raisonnable de croire que notre seule force de conviction peut entraîner une majorité de nos concitoyens. Il nous reste alors à peser, par l’affirmation de notre projet. C’est par ce chemin que nous pouvons aboutir à une refondation républicaine de la gauche.

Certes nous avons déjà tenté l’exercice entre 1997 et 1999. Le résultat n’a pas été à la mesure de ce que nous souhaitions et nous n’avons été qu’une frêle digue face à la dérive sociale libérale. Pour autant, il serait injuste de ne pas prendre en compte les acquis dont Jean-Pierre Chevènement est l’initiateur dans cette période. La loi RESEDA, par une maîtrise des flux migratoires et une politique de co-développement, s’accompagnait d’une stabilisation de la situation de nombreux immigrés présents sur le territoire, a donné un coup d’arrêt à la dérive xénophobe de notre pays. Il est d’ailleurs plus que jamais nécessaire de faire sortir des enjeux politiques électoralistes la question de l’immigration.

Nos concitoyens ont redécouvert que l’amour de la France n’était pas incompatible avec les idées de la gauche. Nos concitoyens ont découvert qu’il pouvait exister, à gauche, une politique efficace de lutte contre l’insécurité. Enfin, la loi sur l’intercommunalité est sans aucun doute la réforme institutionnelle la plus utile qu’ait reçu notre pays depuis longtemps.

La stratégie d’influence a prouvé ses limites, à cette époque mais un regard lucide sur la période montre que c’est parce qu’il l’a rompue que Lionel Jospin a créé les conditions de sa défaite. D’aucun l’ont compris avant le référendum en choisissant le « non ». Le niveau des anathèmes qui nous accablent est une forme de baromètre de cette prise de conscience. A défaut d’un enthousiasme délirant, l’injure se fait plus rare et l’écoute plus soutenue.

Mesurons qu’il n’est pas de victoire possible de la gauche sans que celle-ci ne convainque nos concitoyens qu’elle a réintégré la notion d’autorité telle que nous l’avons définie précédemment. Cette autorité est indissociable d’une certaine idée de la République. Et dans le scepticisme ambiant, cette conviction est illusoire si elle se bâtit sur les sauts de cabri de tel ou tel leader socialiste. Un seul possède une crédibilité pour cela, c’est Jean-Pierre Chevènement. C’est pour cela qu’il est plus que jamais indispensable à la gauche et à la France. Et c’est pour cela que l’espace de cette influence peut nous être ouvert. A cet égard, le simple fait que de nombreux responsables de gauche se prononcent en faveur de primaires « à l’italienne » indique qu’ils acceptent que le débat de fond ait lieu.

Ce ne sera pas facile, l’ostracisme est encore notre lot quotidien. Des citoyens sincères mais désinformés et d’autres qui les manipulent nous reposent à l’infini la question : peut-on nous croire encore de gauche ? De l’extérieur, nous n’avons de leçon à recevoir de personne en ce domaine. Encore faut-il que cette interrogation n’occupe pas abusivement nos débats internes. Ce serait méconnaître l’exigence républicaine qui est à la fois celle de la justice sociale et celle d’un patriotisme éclairé sans lequel il n’y a pas de civisme. Car enfin, la question ne se pose que pour ceux qui pensent que la prise en compte de l’intérêt public est une marque de conservatisme. Pour la bien-pensance post-nationale, le simple fait de concevoir que ce pays existe et qu’il importe de réfléchir à l’avenir de ceux qui y vivent suffit à disqualifier.

Pour eux le débat public n’est que sociétal, juridique (au sens du règlement des contentieux), forcément européiste, centré sur les droits individuels et non sur les droits et devoirs du citoyen, et éventuellement international parce qu’il est de bon ton de parler mondialisation (pour la défendre ou pour s’en plaindre). Pour ceux-là, nous serions de droite et l’on connaît la réalité que recouvre la maxime : « Qui veut tuer son chien... ». L’important pour eux est de nous sortir de l’espace du débat public, le motif est accessoire.

Si la question de notre positionnement a fait florès, c’est que malheureusement, elle a eu (et a parfois encore) une écoute au sein de nos propres rangs et qu’elle a justement réussi à nous déstabiliser au moment où nous en avions le moins besoin.

Il est temps de ne plus attendre de reconnaissance de la part de ceux que nous gênons, et de compter essentiellement sur nous-mêmes.

Réaffirmer notre confiance en nos idées

Mais le problème n’est pas celui de la satisfaction que peuvent avoir les uns ou les autres de nous voir survivre. Et puis, cela a-t-il réellement de l’importance ? Nous devons répondre à une nécessité et pas à un désir.

Il est nécessaire d’en finir avec cette culpabilisation puérile. Nous avons tout lieu d’être fiers du combat que nous avons mené. Et, si nous souhaitons recouvrer une part de notre influence passée, il serait temps de dire haut et fort aux électeurs de Jean-Pierre Chevènement qu’ils doivent être fiers de leur vote et que nous restons à leur service pour porter ce message. Nous pourrons être un parti d’influence, respecté, si nous nous respectons nous-mêmes.

Reste à savoir ce que veut dire pratiquement cette stratégie d’influence que nous proposons de choisir. Cela veut dire d’abord favoriser un rassemblement de citoyens qui s’inscrive dans la perspective d’une candidature de Jean-Pierre Chevènement à l’élection présidentielle et de réunir les moyens qui en autorise la réalisation (obtenir des soutiens de citoyens et des engagements de parrainage par des élus).

Il ne s’agit pas de demander à Jean Pierre Chevènement d’être candidat mais qu’il est nécessaire de créer les conditions rendant possible cette candidature si elle s’avère utile au pays et s’il l’estime nécessaire le moment venu. La décision lui appartiendra.

D’ici là, nous devons faire notre travail de mobilisation, d’ouverture et de rassemblement.

Cela veut dire ensuite définir concrètement un programme à partir de nos analyses et dans la continuité du discours de Vincennes comme nous y engage le projet proposé par Jean-Yves Autexier.

Et là il nous faut faire un constat : si notre logiciel demeure efficace, nous avons relâché notre effort dans sa déclinaison. Nous nous rendrons utiles à la gauche et à la France si nous travaillons à partir de ce que nous sommes : des républicains exigeants qui se campent sur l’intérêt public.

Mieux que d’autres, nous pouvons proposer des solutions audacieuses aux problèmes concrets, hors des intérêts de boutiques. Mais il nous faut faire cet effort et nous pourrons le faire d’autant plus facilement que nous avons pour cela le socle remarquable de l’élection présidentielle de 2002 qu’il faut simplement mais rigoureusement actualiser.

Pour nombre de sujets, le travail est fait en permanence : Europe et Mondialisation. Pour d’autres, mêmes parmi ceux qui nous sont les plus chers, nous devons faire l’effort de rendre pratiques nos options, par exemple sur l’intégration et l’accès à la citoyenneté ou les droits des femmes. La crise des banlieues a révélé à la France la panne de l’ascenseur social, les discriminations à l’emploi ou au logement qui s’ajoutent à la crise économique et sociale.

Il convient enfin de ne s’interdire aucun sujet. C’est en les laissant à d’autres que nous perdons les batailles.

Ce projet doit être bâti sur un thème central : celui du travail. Mais il doit aussi parler de culture, des institutions, de l’environnement, de la famille, de la santé, du logement ou de l’énergie.

Le MRC a sa raison d’être s’il assume d’être le parti qui peut porter l’idée républicaine au sein de la pratique du pouvoir. Nous avons à en débattre et à clarifier ce que nous voulons.

C’est comme cela que nous pouvons restaurer notre unité et notre efficacité qui seront un aboutissement de notre congrès et non un préalable.

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